Le 30 janvier 1948, l'Avro Tudor IV Star Tiger de British South American Airways disparaît sur l'étape entre les Açores et les Bermudes. Trente et une personnes se trouvaient à bord. Aucune épave, aucun corps, aucun appel de détresse n'ont jamais été retrouvés.
Le vol
L'appareil volait à basse altitude — environ 2 000 pieds — choisie pour profiter des vents, ce qui ne lui laissait presque aucune altitude à échanger en cas de problème. Les vents de face étaient plus forts que prévu et la marge de carburant à l'arrivée était mince, quoique les calculs l'indiquaient suffisante.
Le dernier compte rendu de position situait l'appareil sur sa route, à environ une heure des Bermudes. Le contact radio était routinier et n'annonçait aucune difficulté. Puis plus rien. Faute d'arrivée, d'importantes recherches aériennes et maritimes furent lancées. Elles n'ont absolument rien trouvé.
Ce qu'a dit l'enquête
Le rapport officiel a examiné les possibilités sans pouvoir en éliminer aucune. Son passage de conclusion est plus cité que toute autre ligne d'un rapport d'accident britannique :
« En clôturant ce rapport, on peut affirmer sans exagération qu'aucun problème plus déconcertant n'a jamais été soumis à enquête... Ce qui s'est produit dans ce cas ne sera jamais connu, et le sort du Star Tiger doit demeurer un mystère non résolu. »
C'est une chose inhabituelle à écrire pour une enquête, et cela explique en bonne part l'attention que le cas suscite.
Ce qui s'est le plus probablement passé
Les analyses ultérieures privilégient un enchaînement banal. À 2 000 pieds au-dessus de l'océan, de nuit, tout problème soudain — une panne, une difficulté de commande, une erreur d'instrument entraînant une descente — laisse des secondes, non des minutes. Il n'y a pas le temps d'émettre ni d'altitude pour récupérer. Un appareil qui percute la mer intact à grande vitesse laisse peu de débris flottants, et en 1948 on n'avait aucune capacité de fouiller les fonds.
Le Tudor IV n'était par ailleurs pas un appareil bien considéré. Son développement fut difficile, et l'exploitation qu'en faisait BSAA a été critiquée. Le système de chauffage, en particulier, était jugé dangereux.
Le Star Ariel
Presque un an jour pour jour plus tard, le 17 janvier 1949, le Star Ariel de BSAA — un autre Tudor IV — disparaît entre les Bermudes et la Jamaïque, par beau temps, également sans appel de détresse. Deux appareils du même type, de la même petite compagnie, perdus dans la même région en douze mois.
C'est ce schéma qui a fait passer le Star Tiger de la tragédie à la légende. C'est aussi ce qui détourne du surnaturel : deux pertes d'un même type d'appareil problématique exploité par une même compagnie suggèrent bien davantage une cause technique ou opérationnelle commune qu'une particularité géographique.
Le Tudor fut retiré du service passagers après le Star Ariel. BSAA cessa ses activités et fut absorbée par BOAC l'année suivante.