Le Supermarine Spitfire et le Messerschmitt Bf 109 étaient les principaux chasseurs monomoteurs de 1940, et ils étaient assez proches pour que l'issue d'un engagement dépende généralement du pilote, de l'altitude et de qui voyait l'autre en premier. Les différences réelles méritent d'être précisées.
Là où le Spitfire l'emportait
Le virage. L'aile elliptique du Spitfire lui donnait une charge alaire plus faible et un virage soutenu plus serré. En combat tournoyant à énergie comparable, le Spitfire pouvait généralement prendre l'avantage sur le 109.
Le comportement en altitude. Le Spitfire restait agréable à piloter en haute altitude, là où les commandes du 109 s'alourdissaient.
Visibilité et confort. Le poste du Spitfire était plus spacieux avec une meilleure vision panoramique. Celui du 109 était exigu, avec une verrière très armaturée impossible à ouvrir en vitesse.
Là où le Bf 109 l'emportait
L'injection. C'est le point significatif. Le Daimler-Benz DB 601 du 109 était à injection; le Rolls-Royce Merlin du Spitfire utilisait un carburateur à flotteur. Pousser brusquement sur le manche créait un facteur de charge négatif, qui privait le carburateur du Merlin et faisait momentanément caler le moteur.
Un pilote de 109 voulant rompre pouvait simplement pousser et piquer. Un Spitfire le suivant devait d'abord effectuer un demi-tonneau, perdant de précieuses secondes. L'ingénieure de la RAF Beatrice Shilling a conçu une rondelle de restriction — universellement appelée « l'orifice de Miss Shilling » — qui a atténué le problème en 1941, et les Merlin ultérieurs ont reçu des carburateurs pressurisés.
Montée et piqué. Le 109 montait généralement mieux et accélérait plus vite en piqué, ce qui convenait aux tactiques d'énergie — piquer, attaquer, remonter — plutôt qu'au combat tournoyant.
Le débat sur l'armement. Le 109 emportait des canons; le Spitfire de 1940 surtout huit mitrailleuses de calibre fusil. Les obus de canon causaient bien plus de dégâts par impact; les mitrailleuses étaient plus faciles à mettre au but. Les Spitfire ultérieurs ont reçu des canons.
Le facteur qui a décidé de la bataille
Les performances d'aucun des deux appareils n'ont compté autant que la géographie.
Opérant depuis le nord de la France, un Bf 109 escortant des bombardiers jusqu'à Londres disposait d'une dizaine de minutes d'endurance en combat avant de devoir rentrer ou d'amerrir dans la Manche. Les pilotes de chasse allemands ont rapporté à répétition avoir dû rompre des engagements qu'ils étaient en train de gagner.
Un Spitfire volait au-dessus de son propre territoire. Un pilote sautant en parachute sans dommage pouvait être de retour dans son escadrille la même semaine. Un pilote allemand devenait prisonnier. Le Royaume-Uni perdait des appareils; l'Allemagne perdait appareils et équipages.
Cette asymétrie, non les qualités de vol, explique le sens dans lequel les chiffres ont penché.
Leur évolution
Les deux appareils ont été développés en continu durant la guerre. Le Spitfire est passé du Mk I à moteur Merlin au Mk XIV à moteur Griffon et au-delà, avec des performances transformées. Le 109 fut développé jusqu'à la série K mais était de plus en plus bridé par une cellule conçue en 1934 autour d'un moteur bien plus petit.
Plus de 20 000 Spitfire et plus de 33 000 Bf 109 furent construits. Le 109 est le chasseur le plus produit de l'histoire.