Le 5 décembre 1945, cinq bombardiers-torpilleurs TBM Avenger quittent Fort Lauderdale pour un vol d'entraînement à la navigation au-dessus de l'Atlantique. Aucun ne revient. Un hydravion Martin Mariner envoyé à leur recherche disparaît également, avec ses treize hommes d'équipage. Vingt-sept hommes perdus en un seul après-midi, et l'incident devient le récit fondateur du Triangle des Bermudes.
Ce qui s'est passé
La patrouille, menée par un instructeur expérimenté encadrant des élèves, achève son exercice de bombardement et vire pour l'étape suivante. Les transmissions radio enregistrées montrent le chef de patrouille se convainquant que son compas est défaillant et qu'il survole les Keys de Floride — au sud de sa position réelle.
Croyant se trouver dans le golfe du Mexique, il met le cap au nord-est pour rejoindre la Floride continentale. Il était en fait déjà au-dessus de l'Atlantique, à l'est de la Floride, et ce cap a éloigné la patrouille vers le large.
Les transmissions enregistrent une météo qui se dégrade, une lumière déclinante et un désaccord au sein de la patrouille — on entend au moins un élève suggérer de virer à l'ouest. Sous discipline militaire, la patrouille est restée avec son chef. Ils ont volé jusqu'à la panne sèche et se sont abîmés en pleine mer, de nuit, par forte houle.
L'appareil de secours
Le Mariner disparu pendant les recherches est un cas distinct, et il a une explication. Les Mariner étaient surnommés « réservoirs volants » en raison de leur tendance à accumuler des vapeurs de carburant dans la coque. Un navire marchand présent dans la zone a signalé une explosion et une nappe d'hydrocarbures au moment approximatif où l'appareil s'y serait trouvé. Aucune épave n'a été récupérée, mais une explosion de vapeurs est parfaitement compatible avec l'observation.
Pourquoi rien n'a été retrouvé
Les recherches ont couvert pendant des jours une très vaste zone de l'Atlantique et du golfe du Mexique. Les Avenger étaient des appareils lourds qui coulaient vite, amerrissant de nuit par grosse mer à des positions inconnues dont la patrouille elle-même n'était pas sûre. En 1945, on ne pouvait pas fouiller les fonds.
Comment c'est devenu le Triangle des Bermudes
L'histoire a été racontée au fil des décennies en retranchant les éléments banals : la confusion sur le compas, la météo, l'état du carburant, le fait que le chef de patrouille était en désaccord assumé avec ses propres instruments. Il restait cinq appareils disparus par temps clair sans raison, plus un avion de secours disparu à leur suite.
Les récits populaires des années 1950 et 1960 ont bâti le Triangle des Bermudes sur ce cadrage. Les analyses ultérieures — la plus systématique étant celle de l'auteur Larry Kusche, revenu aux documents d'origine — ont établi que bien des disparitions « inexpliquées » attribuées à la zone avaient des causes prosaïques documentées à l'époque, s'étaient produites hors de la région, ou dans certains cas ne s'étaient jamais produites.
Les analyses statistiques modernes, y compris celles d'assureurs, ne relèvent aucun taux de pertes supérieur dans la zone par rapport à des étendues océaniques comparables très fréquentées. Le rapport de la Marine sur le vol 19 concluait à une cause inconnue, ce qui était exact en 1945 — mais « cause inconnue » n'est pas « inexplicable », et le trafic radio enregistré rend la séquence raisonnablement claire.