L'aviation de brousse démarre au Canada immédiatement après la Première Guerre mondiale, pour une raison simple : le pays comptait des milliers de kilomètres de territoire riche en ressources, aucune route, et une soudaine offre d'appareils de surplus bon marché et de pilotes démobilisés sachant les piloter.
Les premiers vols
Le point de départ généralement reconnu est 1919, lorsque Stuart Graham convoie un hydravion Curtiss HS-2L de Halifax jusqu'au Lac-à-la-Tortue, en Mauricie, pour effectuer des patrouilles de détection d'incendies de forêt pour la St Maurice Forest Protective Association.
L'appareil était un patrouilleur anti-sous-marin de guerre, formellement inadapté à la tâche, et il a fonctionné. Repérer les feux depuis les airs était plus rapide que toute méthode terrestre, et ce vol est considéré comme le début de l'aviation commerciale au Canada.
Les conditions
Ce que les pilotes de brousse ont accompli dans les années 1920 et 1930 est difficile à surestimer.
Il n'existait pas de cartes aéronautiques de la majeure partie du territoire. On naviguait au compas, à la montre et à la reconnaissance des lacs et rivières, dont beaucoup n'étaient pas cartographiés avec exactitude et certains pas du tout. Il n'y avait pas de radio. Il n'existait pas de prévision météorologique digne de ce nom pour le Nord.
Les appareils volaient sur flotteurs l'été et sur skis l'hiver, avec une brève période impossible au gel et au dégel où ni l'un ni l'autre ne fonctionnait et où les vols cessaient largement.
L'entretien se faisait là où se trouvait l'appareil. On attendait des pilotes qu'ils soient mécaniciens. L'huile était vidangée et gardée au chaud la nuit en hiver pour qu'un moteur puisse démarrer à quarante sous zéro.
Ce que cela a rendu possible
L'exploration minière. Le développement minier du nord du Québec, de l'Ontario et des Territoires dans les années 1920 et 1930 a dépendu de l'avion pour déplacer prospecteurs, échantillons et ravitaillement. Plusieurs découvertes majeures ont d'abord été atteintes par les airs.
La foresterie et le feu. Patrouilles d'incendie puis bombardement d'eau.
L'État et les communautés. Courrier, évacuations médicales et administration dans des lieux inaccessibles autrement la majeure partie de l'année.
Les levés. La photographie aérienne a cartographié pour la première fois d'immenses portions du Canada.
La dimension québécoise
L'histoire québécoise de l'aviation de brousse est particulièrement riche. L'opération de la Mauricie fut la première. Plus tard, l'aviation a ouvert la région minière de l'Abitibi, la Côte-Nord, et enfin le développement hydroélectrique de la Baie-James, où l'ampleur des chantiers en territoire sans route a rendu le transport aérien indispensable.
Des entreprises comme Laurentide Air Service dans les années 1920 comptent parmi les premiers exploitants commerciaux du pays.
Ce qu'il en reste
Les exigences de l'aviation de brousse ont produit les appareils. Le Beaver, l'Otter et le Twin Otter de De Havilland Canada existent parce qu'un constructeur a demandé aux pilotes de brousse ce qu'il leur fallait et a construit exactement cela.
Les opérations de brousse se poursuivent aujourd'hui dans tout le nord du Canada — exploitants sur flotteurs et sur skis desservant communautés, camps et pourvoiries. La navigation est satellitaire désormais et la météo est prévue, mais la proposition fondamentale n'a pas changé : il y a dans ce pays des endroits que l'on atteint par avion ou pas du tout.