Le 12 décembre 1985, le vol Arrow Air 1285 s'écrase peu après son décollage de Gander, à Terre-Neuve. À bord se trouvaient 248 membres de la 101e division aéroportée américaine rentrant d'une mission de maintien de la paix au Sinaï, plus 8 membres d'équipage. Les 256 périssent. C'est l'accident aérien le plus meurtrier survenu en sol canadien.
Le vol
Le DC-8 affrété venait du Caire via Cologne et s'était arrêté à Gander pour se ravitailler avant de poursuivre vers Fort Campbell, au Kentucky. Il faisait froid, avec une légère bruine verglaçante. L'appareil n'a pas été dégivré avant le départ.
Il décolle, ne parvient pas à monter, heurte des arbres au-delà de la piste et s'écrase à environ un demi-kilomètre de l'aéroport, se disloquant et prenant feu.
L'enquête divisée
L'enquête du Bureau canadien de la sécurité aérienne a produit une chose inhabituelle : un rapport majoritaire et une dissidence substantielle.
La majorité a conclu que la cause probable était une contamination par le givre sur les bords d'attaque et les surfaces supérieures de l'aile, augmentant la traînée et réduisant la portance au point que l'appareil ne pouvait soutenir sa montée. L'accumulation de givre sur un appareil lourdement chargé dans ces conditions est un tueur bien connu.
La minorité — quatre des neuf membres du bureau — a exprimé sa dissidence, soutenant que les éléments indiquaient un incendie ou une explosion en vol avant l'impact. Elle invoquait des témoignages faisant état d'une lueur, ainsi que sa lecture de la répartition de l'épave et de certains schémas de dommages.
Une dissidence de cette ampleur au sein d'un bureau national d'enquête est rare, et c'est pourquoi l'affaire ne s'est jamais refermée publiquement.
Le contexte qui a nourri le litige
Les soldats revenaient de la Force multinationale et observateurs au Sinaï. En moins d'une journée, un groupe a revendiqué la responsabilité d'un attentat. Aucun organisme d'enquête n'a jamais étayé cette revendication, et le rapport majoritaire n'a trouvé aucune preuve matérielle d'engin explosif.
Les inquiétudes des familles ont été aggravées par la gestion des suites — questions sur la rapidité du dégagement du site, sur le traitement des dépouilles et sur la circulation de l'information. Des examens parlementaires et autres ont suivi aux États-Unis les années suivantes, et aucun n'a renversé la conclusion sur le givre.
Où en est-on
La conclusion officielle canadienne demeure la contamination par le givre. C'est l'explication n'exigeant aucune hypothèse non prouvée : un appareil non dégivré, une bruine verglaçante, une charge lourde et une incapacité à monter — une séquence qui s'est répétée dans d'autres accidents avant et depuis, notamment Air Florida 90 à Washington trois ans plus tôt.
La dissidence n'a pas été retirée, et pour les familles de 256 personnes, le désaccord au sein du bureau constitue en soi la blessure. Gander commémore l'événement par un mémorial sur le site, où la réponse de la communauté en décembre 1985 relève de la même tradition d'hospitalité pour laquelle la ville s'est de nouveau fait connaître en septembre 2001.