Le 24 août 2001, le vol Air Transat 236 se trouve au milieu de l'Atlantique, en route de Toronto vers Lisbonne, lorsqu'il perd toute puissance moteur. L'Airbus A330 plane environ 19 minutes sur près de 120 kilomètres et se pose à la base aérienne de Lajes, aux Açores. Les 293 passagers et 13 membres d'équipage survivent. C'est le plus long plané sans moteur jamais effectué par un avion de ligne commercial.
Une fuite de carburant, et une lecture fatale
L'origine est une erreur de maintenance. Une pompe hydraulique avait été remplacée par une pièce d'une configuration différente, laissant une conduite hydraulique en contact avec une conduite de carburant. Le frottement finit par rompre la conduite de carburant du moteur droit.
Ce qui transforme cela en urgence plutôt qu'en désagrément, c'est la conclusion tirée des indications. L'équipage constate un déséquilibre de carburant entre les réservoirs. La procédure publiée en cas de déséquilibre est l'alimentation croisée : ouvrir une vanne pour que le réservoir le plus plein alimente les deux moteurs et que l'écart se résorbe.
Mais ce n'était pas un déséquilibre. C'était une fuite. L'alimentation croisée a envoyé le carburant restant du réservoir gauche directement dans la conduite rompue, puis à l'extérieur. Le geste censé corriger le problème l'a accéléré.
La liste de vérifications contenait bien un avertissement invitant à envisager une fuite avant d'alimenter en croisé. Sur le moment, face à des indications inhabituelles, de nuit au-dessus de l'océan, cette étape n'a pas porté.
Le plané
Le moteur droit s'éteint le premier. L'équipage, désormais conscient d'un problème sérieux de carburant, se déroute vers Lajes, aux Açores. Treize minutes plus tard, le moteur gauche s'éteint à son tour, à environ 34 500 pieds et quelque 120 kilomètres du terrain.
Le commandant Robert Piché — pilote ayant une expérience du vol à voile — et le copilote Dirk de Jager ramènent l'appareil. Sans moteurs, l'A330 est sur l'alimentation de secours de son éolienne, avec des instruments limités et sans autorité normale sur les volets ni les freins. Ils ont une seule approche et aucune possibilité de remise de gaz.
Ils se posent durement et vite sur la piste de Lajes, bien au-delà de la vitesse normale au toucher. Plusieurs pneus éclatent au freinage et un début d'incendie se déclare dans les roues, éteint par les pompiers de la base. Seize personnes sont blessées à l'évacuation. Aucun mort.
Pourquoi cela dépasse le record
L'enquête portugaise a retenu l'erreur de maintenance comme cause première et la réponse de l'équipage aux indications comme facteur contributif, mais la leçon durable porte sur la différence entre un déséquilibre et une fuite — deux situations dont les instruments rendent compte de façon presque identique et qui appellent des réponses opposées.
Les procédures en cas de fuite de carburant et la formation des équipages ont été révisées dans toute l'industrie pour rendre cette distinction explicite et imposer la recherche d'une fuite avant toute alimentation croisée. L'accident s'enseigne désormais aux côtés du planeur de Gimli comme l'un des deux grands cas canadiens de panne sèche, et le rapprochement est instructif : Gimli s'est vidé à cause de la façon dont le carburant avait été chargé, Air Transat à cause de la façon dont il a été perdu en vol.
Robert Piché
Piché est devenu une figure publique au Québec après ce vol, dans une histoire compliquée par son propre passé — il avait purgé une peine de prison aux États-Unis dans les années 1980 pour avoir convoyé une cargaison de drogue, un fait ressorti lorsque l'accident l'a rendu célèbre. Air Transat en avait connaissance à son embauche. Sa conduite du plané, elle, n'a jamais été remise en question.