Le 24 décembre 1994, quatre membres du Groupe islamique armé embarquent à Alger sur le vol Air France 8969, un Airbus A300 à destination de Paris, déguisés en agents de sûreté aéroportuaire. Ils s'emparent de l'appareil avec 220 passagers et 12 membres d'équipage à bord. Durant les deux jours suivants, ils tuent trois passagers. Le siège s'achève à Marseille par un assaut du GIGN, retransmis en direct.
Ce qu'ils projetaient
Les pirates exigent que l'appareil soit conduit à Paris et réclament un emport de carburant très supérieur au besoin du vol — assez pour que les autorités françaises concluent que l'objectif n'était pas un atterrissage, mais l'usage de l'appareil plein comme arme contre Paris, possiblement la tour Eiffel.
Cette évaluation, en 1994, explique pourquoi l'affaire est étudiée. Sept ans avant septembre 2001, un gouvernement européen travaillait sur l'hypothèse qu'un avion détourné puisse être destiné à servir d'engin incendiaire guidé plutôt que de monnaie d'échange.
Alger, et l'obtention du départ
Les autorités algériennes refusent d'abord de laisser partir l'appareil, l'encerclant au sol. Les pirates exécutent des passagers pour forcer la décision — un policier algérien, un diplomate vietnamien et un cuisinier de l'ambassade de France.
La France insiste pour que l'appareil soit libéré, au motif qu'une prise d'otages se résout mieux là où la force qui intervient contrôle le terrain. L'Algérie finit par l'autoriser, et il rejoint Marseille, où des négociateurs français le maintiennent au sol en organisant un ravitaillement qui n'aboutit jamais tout à fait.
L'assaut
Le 26 décembre, les pirates s'agitant et exigeant un départ immédiat, le GIGN intervient. Les opérateurs s'approchent par des passerelles mobiles et entrent par les portes tandis que d'autres tirent depuis le sol.
Les combats à l'intérieur durent environ vingt minutes — bien plus qu'à Mogadiscio, et dans une cabine confinée pleine d'otages. Les quatre pirates sont tués. Neuf opérateurs du GIGN ainsi que plusieurs passagers et membres d'équipage sont blessés. Aucun otage n'est tué durant l'assaut.
La télévision française le retransmet en direct, et les images de l'assaut pénétrant un avion de ligne en plein jour comptent parmi les plus vues de toute opération antiterroriste.
Ce que cela a établi
Sur le plan opérationnel, l'AF8969 a confirmé la doctrine de Mogadiscio et l'a enrichie, notamment sur l'approche d'un gros-porteur dont la cabine est longue et où les pirates peuvent être dispersés. Il a aussi démontré l'utilité de négociateurs gagnant du temps pour garder un appareil au sol plutôt qu'en vol.
Sur le plan stratégique, c'est le cas systématiquement cité lorsqu'on demande ce que l'on savait avant 2001 de l'usage d'avions comme armes. La réponse est que la possibilité avait été évaluée dans une opération réelle, prise au sérieux par un gouvernement national, puis non généralisée en politique internationale de sûreté aérienne.