Le Messerschmitt Me 262 Schwalbe entre en service dans la Luftwaffe au milieu de 1944 comme premier chasseur à réaction à connaître le combat. Il était environ 150 km/h plus rapide que les meilleurs chasseurs à pistons alliés, et son avantage de performance était réel et sans réponse en combat direct. Il n'a rien changé à l'issue de la guerre.
Ce qu'il pouvait faire
Le Me 262 croisait au-delà de 800 km/h avec quatre canons de 30 mm dans le nez — un armement assez lourd pour détruire un quadrimoteur en une courte rafale.
Contre les formations de bombardiers, il était extrêmement dangereux. Les chasseurs d'escorte ne pouvaient le rattraper, et les tactiques défensives standard élaborées contre les chasseurs à pistons ne s'appliquaient pas à quelque chose qui se rapprochait à cette vitesse.
Pourquoi cela n'a rien changé
Les moteurs. Le Junkers Jumo 004 fut le premier turboréacteur produit en série, et il était fabriqué sous un blocus privant l'Allemagne de nickel et de chrome — les éléments d'alliage dont une turbine a besoin. La durée de vie moteur tournait autour de 25 heures, souvent bien moins. Il fallait les manier avec douceur : ouvrir les gaz trop vite provoquait une extinction ou un incendie.
Le nombre et le carburant. Environ 1 400 furent construits, mais seule une fraction fut opérationnelle simultanément. Dès 1944, l'Allemagne avait perdu l'essentiel de sa production de carburant de synthèse sous les bombardements alliés, et carburant comme pilotes manquaient.
La vulnérabilité au sol et dans le circuit. Le Me 262 accélérait lentement et était désarmé en approche. Les chasseurs alliés attendaient simplement près des terrains. Une large part des pertes de Me 262 est survenue au décollage et à l'atterrissage.
Les pilotes. En 1944, l'Allemagne manquait de pilotes expérimentés, et l'appareil exigeait un pilotage soigneux.
La question du retard
Une affirmation tenace veut que Hitler ait personnellement retardé le programme en exigeant que l'appareil soit développé comme bombardier, et que cela ait coûté à l'Allemagne la guerre aérienne.
L'ingérence a eu lieu. Son importance est généralement jugée surestimée. La contrainte déterminante était la métallurgie des moteurs, et le Jumo 004 n'était pas prêt pour un service fiable plus tôt, quel que soit le rôle spécifié. Les analyses ultérieures tendent à conclure que l'appareil n'aurait pu être disponible en nombre décisif quelles qu'aient été les décisions politiques.
Ce qu'il a laissé
L'aile en flèche du Me 262 — adoptée principalement pour corriger un problème de centrage plutôt que pour des raisons aérodynamiques — s'est révélée retarder les effets de compressibilité à grande vitesse. Des exemplaires capturés et les données de recherche allemandes sont partis aux États-Unis et en Union soviétique après la guerre, et les ailes en flèche sont apparues sur le F-86 Sabre et le MiG-15, qui se sont affrontés au-dessus de la Corée cinq ans plus tard.
L'appareil démontre clairement qu'un avantage technologique n'équivaut pas à un avantage militaire. L'Allemagne avait le meilleur chasseur et avait déjà perdu la guerre qui l'aurait exigé.