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L'histoire de l'Avro Arrow : pourquoi le Canada a annulé son chasseur supersonique

Publié le

L'Avro Canada CF-105 Arrow était un intercepteur supersonique à aile delta conçu et construit à Malton, en Ontario, pour une mission précise : intercepter les bombardiers soviétiques au-dessus de l'Arctique canadien avant qu'ils n'atteignent des cibles nord-américaines. Cinq exemplaires ont volé. Le 20 février 1959, le gouvernement fédéral annule le programme, et les cellules achevées ainsi que l'outillage sont ensuite découpés. Soixante-cinq ans plus tard, les Canadiens en débattent encore.

Ce qu'était l'appareil

L'Arrow était ambitieux à tous égards. Il devait voler à vitesse supersonique à très haute altitude sur d'énormes distances — la géographie de la défense aérienne canadienne exigeait un rayon d'action dont peu d'intercepteurs avaient besoin. Les prototypes en vol utilisaient des moteurs américains, le moteur canadien Orenda Iroquois étant encore en développement. Ses performances aux essais étaient solides, et l'appareil est généralement considéré comme ayant été à la pointe ou près de la pointe de la conception des intercepteurs de l'époque.

Pourquoi il a été annulé

Trois arguments ont été avancés, et ils n'ont pas la même solidité.

Le coût. Le programme était coûteux et le devenait de plus en plus, et le Canada le portait pratiquement seul. Aucun client à l'exportation ne s'était engagé, et sans lui, le coût unitaire d'une petite série était très élevé.

La menace avait changé. À la fin des années 1950, la préoccupation stratégique passait des bombardiers aux missiles balistiques intercontinentaux, contre lesquels un intercepteur est inutile. Le gouvernement soutenait qu'il achetait une réponse au problème de la veille. L'argument était réel, même si la menace des bombardiers n'a pas disparu aussi vite qu'annoncé, et le Canada a ensuite acheté d'autres intercepteurs de toute façon.

Les solutions de rechange. Le Canada s'est doté de missiles sol-air Bomarc, puis d'intercepteurs de fabrication américaine. La décision Bomarc a mal vieilli, et le fait que le Canada ait fini par acheter des chasseurs étrangers est au cœur du procès que font les critiques.

Pourquoi la destruction est la blessure

Annuler le programme se défendait sur le plan des coûts. Ordonner la destruction physique des appareils achevés, des gabarits et de l'outillage était une décision distincte, et c'est celle qui n'a jamais été expliquée de façon satisfaisante au public. Aucun prototype n'a été conservé intact. Les raisons invoquées au fil des ans vont de préoccupations de sécurité à la volonté d'écarter toute tentation politique de relancer le programme; aucune n'a clos le débat.

Les conséquences pour l'industrie canadienne

Environ 15 000 personnes ont perdu leur emploi chez Avro Canada et ses fournisseurs en une seule journée. Les équipes d'ingénierie ne sont pas restées. Un nombre important est parti aux États-Unis, et un groupe a rejoint la NASA, où plusieurs ont travaillé sur les programmes Mercury, Gemini et Apollo. D'autres sont allés chez des constructeurs britanniques et américains.

Cette dispersion est la perte de fond, davantage que les cellules. Le Canada avait réuni la capacité de concevoir et construire un avion supersonique de première ligne, et après février 1959 il ne l'avait plus — et ne l'a jamais reconstituée.

Comment lire les arguments

L'Arrow suscite des affirmations tranchées dans les deux sens : qu'il était le meilleur intercepteur au monde et que le Canada a subi des pressions pour l'abandonner, ou qu'il s'agissait d'un projet de prestige inabordable dépassé par les missiles. Le terrain défendable est plus étroit que l'un comme l'autre. L'appareil était réellement avancé, le problème de coût était réel, l'argument des missiles était en partie fondé et en partie commode — et la décision de tout détruire demeure la part sans bonne explication.

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