Les Lignes aériennes Trans-Canada furent créées par une loi du Parlement en 1937. Ce n'était pas une entreprise qui a grandi; c'était un instrument de politique publique, établi parce que le gouvernement de l'époque avait conclu qu'un service aérien national était nécessaire et que le marché n'en produirait pas.
Le problème qu'elles devaient résoudre
Le Canada des années 1930, c'était six mille kilomètres et onze millions d'habitants, la plupart à quelques centaines de kilomètres de la frontière américaine mais répartis d'un océan à l'autre. Le train prenait des jours. Les États-Unis disposaient déjà d'un service aérien transcontinental, et le trafic canadien passait par des transporteurs américains.
Le gouvernement libéral de Mackenzie King, sous l'impulsion du ministre des Transports C.D. Howe, crée les LATC comme filiale des Chemins de fer nationaux, propriété publique.
Les premières années
Les LATC commencent leurs activités en 1937 avec une liaison Vancouver–Seattle, puis se développent vers l'ouest et l'est. Le 1er avril 1939, elles inaugurent le service transcontinental de Montréal à Vancouver.
L'appareil était le Lockheed 14 Super Electra, transportant dix passagers. Le trajet durait environ dix-sept heures avec plusieurs escales. C'était, à l'époque, une transformation : ce qui exigeait plusieurs jours de train devenait faisable en une nuit.
C.D. Howe a lui-même pris place à bord d'un vol de reconnaissance initial, un geste de théâtre politique qui signalait aussi l'engagement du gouvernement.
La guerre et l'après-guerre
La Seconde Guerre mondiale a énormément élargi l'aviation canadienne. Le Programme d'entraînement aérien du Commonwealth britannique a construit des aérodromes et formé des équipages dans tout le pays, et les LATC ont exploité le Service aérien transatlantique du gouvernement canadien, transportant courrier et personnel au-dessus de l'Atlantique à bord de Lancaster convertis.
Cette expérience transatlantique de guerre a permis aux LATC d'ouvrir un service régulier vers la Grande-Bretagne en 1943 et de s'étendre en Europe après le conflit. Des aérodromes construits pour la formation sont devenus des aéroports civils.
Le réseau d'après-guerre
Au fil des années 1940 et 1950, les LATC deviennent un transporteur international substantiel, exploitant le Douglas DC-3, le Canadair North Star — variante canadienne du DC-4 à moteurs Merlin, assez bruyante pour être restée célèbre —, le Vickers Viscount, et enfin le Douglas DC-8, qui amène le service à réaction en 1960.
Le Viscount mérite d'être noté : les LATC furent un exploitant précoce et important du premier avion de ligne à turbopropulseurs, et il a transformé l'expérience passager sur les liaisons intérieures.
Le changement de nom
Au début des années 1960, le nom était devenu un enjeu politique. Jean Chrétien, alors jeune député, a fait valoir qu'une société d'État desservant un pays bilingue ne pouvait porter un nom sans forme française. « Air Canada » se lit à l'identique dans les deux langues.
La loi fut adoptée en 1964 et la compagnie devint Air Canada le 1er janvier 1965.
Ce qu'elles ont laissé
Les LATC ont établi la structure de routes intérieures que l'aviation canadienne utilise encore, la présence transatlantique sur laquelle Air Canada s'est bâtie, et l'obligation bilingue qui continue de distinguer Air Canada de tout autre transporteur canadien. La décision de la créer par une loi plutôt que d'attendre un marché explique que le Canada ait un transporteur national.