Lorsqu'un enregistreur ne peut expliquer un accident — parce qu'il s'est arrêté tôt, parce que l'événement fut plus rapide que son échantillonnage, ou parce que la question est structurale — les enquêteurs reconstruisent l'appareil. C'est l'une des tâches les plus laborieuses de l'enquête, et elle répond à des questions qu'aucune autre méthode n'atteint.
À quoi cela sert
Une reconstruction établit la séquence d'une rupture. Les enregistreurs disent ce que faisait l'appareil; l'épave physique dit ce qui a cédé en premier, dans quelle direction, et sous quel type de charge.
Les surfaces de rupture sont diagnostiques. Une pièce ayant cédé en fatigue ne ressemble pas, au microscope, à une pièce ayant cédé en surcharge, et une pièce ayant cédé de l'intérieur vers l'extérieur ne ressemble pas à l'inverse. C'est cette dernière distinction qui a permis de séparer l'explosion du réservoir central du TWA 800 des hypothèses de missile ou de bombe.
Comment on procède
Récupération et documentation. Chaque pièce est localisée, photographiée en place, étiquetée et cartographiée. L'endroit où elle a été trouvée compte autant que sa nature — une répartition de débris le long d'une trajectoire indique l'ordre dans lequel les pièces ont quitté l'appareil.
Tri. Les pièces sont identifiées d'après les plans structuraux de l'appareil et regroupées par zone.
Ossature. Une ossature de bois ou de métal est bâtie à la forme approximative de la cellule, et les pièces y sont suspendues à leur position relative correcte. Les zones manquantes restent des vides, eux-mêmes instructifs.
Analyse. L'appareil assemblé, les enquêteurs suivent les traces de suie, les dommages thermiques, la direction des déformations et le type de rupture sur l'ensemble de la structure plutôt que pièce par pièce.
Deux exemples
TWA 800 (1996). Plus de 95 % d'un Boeing 747 fut récupéré de l'Atlantique et reconstruit dans un hangar de Calverton, dans l'État de New York. La reconstruction a montré une rupture s'amorçant au réservoir central de voilure et se propageant vers l'extérieur, sans pénétration externe. C'est la base physique sur laquelle la thèse du missile fut écartée, et le modèle des reconstructions à grande échelle depuis.
Swissair 111 (1998). Le BST du Canada a récupéré environ deux millions de fragments au fond, au large de la Nouvelle-Écosse. La cartographie des dommages thermiques et des suies sur la section avant reconstruite a permis de tracer l'origine du feu jusqu'au câblage au-dessus du plafond du poste et sa propagation dans les matelas isolants — identifiant le matériau inflammable ensuite interdit dans le monde entier.
Pourquoi cela vaut le coût
Ces deux enquêtes ont produit des changements touchant tous les avions en service : l'inertage des réservoirs dans un cas, les normes d'inflammabilité des isolants dans l'autre. Aucune de ces conclusions n'était accessible par les enregistreurs. La reconstruction était le seul moyen de l'obtenir, et dans les deux cas elle a pris des années et coûté très cher.
La pratique moderne complète de plus en plus la construction physique par un balayage tridimensionnel et un réassemblage numérique, plus rapide et permettant de partager l'analyse. La reconstruction physique subsiste là où la question exige que des gens marchent autour de la structure et la regardent.